14th Nov 2011: Film Screening at l’Ecomusee du fier monde (Montreal)

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Photo credit Ms. Afra Tucker

6 Responses to 14th Nov 2011: Film Screening at l’Ecomusee du fier monde (Montreal)

  1. Miruna Tarcau says:

    Ce documentaire révèle, je crois, plusieurs problèmes inhérents à la conception de l’éducation définie selon les modèles de “l’excellence” que définissent les grandes universités américaines de la Ivy League, que reflètent d’ailleurs les critères d’admission aux programmes et de sélection des étudiants pour les bourses. L'”excellence” est aussi, comme le mode d’apprentissage par la discussion et l’échange d’idées, une méthode de pensée; or, ce que l’académisme ne permet pas, ou permet mal, c’est la démocratisation totale des savoirs, dans laquelle ce ne sont plus uniquement les académiciens les plus lus et les plus publiés qui dominent l’espace publique universitaire avec des discours qui se replient essentiellement sur eux-mêmes, mais où la parole appartient au contraire à tous, et où la vérité peut émerger de partout, même de la bouche d’un enfant. Au fond, il s’agit un peu de la bonne vieille opposition entre la scolastique médiévale et les études humanistes du début de la Renaissance florentine qui s’évertuaient à redéfinir les rapports entre les élèves et les auteurs, les textes, et les idées, aussi bien des “Anciens” que des “Modernes”, en faisant disparaître la notion d’Autorité telle que la définissait la scolastique prédominante à l’époque, par exemple avec Aristote. Ce que fait le professeur Cornett, comme l’a montré le documentaire, c’est faire disparaître le rapport d’autorité existant entre les professeurs et les élèves, ou plus généralement, entre les spécialistes détenteurs du savoir et le public général. C’est précisément cette remise en question de l’autorité que l’académisme ne supporte pas, au même titre que toutes les autres insitutions qui appuient précisément leur pouvoir sur cette forme d’autorité.

    J’ai écrit un article à ce sujet, en liant la réaction de l’administration de McGill face aux méthodes non-académiques du professeur Cornett, aux événements du 10 novembre, face auxquells elle réagit à l’occupation de ses bureaux par quatorze étudiants en appelant la police sur le campus -ce qui fit intervenir une escouade de cent policiers anti-émeutes dans la manifestation contre la hausse des frais de scolarité du gouvernement Charest.

    L’article est disponible sur le site du Délit à l’adresse suivante:

    http://www.delitfrancais.com/2011/11/22/ce-que-l%e2%80%99administration-veut-mcgill-veut/

    Pour des raisons techniques, la version complète n’a pu être publiée dans le journal, dans lequel figure une version abrégée de moitié. Voici donc la version complète pour tous ceux qui désireraient la lire:

    Titre : Ce que l’administration de McGill veut, Dieu le veut
    Auteur : Miruna Tarcau
    Sujet : Critique du documentaire sur le renvoi du Dr. Norman Cornett, ancien professeur dans la faculté d’études religieuses de McGill, dans le contexte des événements du 10 novembre.

    Le 3 janvier 1521, le pape Léon X émit notoirement la bulle annonçant l’excommunication d’un certain professeur d’université allemand pour son refus impie de reconnaître l’autorité absolue du Saint-Siège de Rome. Dénonciation des abus de la papauté, dont l’hypocrisie alla jusqu’à la vente d’indulgences garantissant l’entrée au paradis contre monnaie sonnante ; initiative pernicieuse de réformer l’institution de l’Église sur des bases plus égalitaires ; interprétation non-traditionnelle des Saintes Écritures osant défier l’autorité des théologiens les plus respectés –les actes de Martin Luther étaient en effet de ceux qu’une institution entièrement coupée de la réalité ne pouvait que châtier, espérant ainsi parvenir à endiguer l’épidémie de contestations qui finit par aboutir au schisme désastreux entre catholiques et protestants, qui fut à l’origine de certaines des guerres civiles les plus sanglantes de l’histoire européenne.
    La réaction irréfléchie de Léon X témoigne bien de ce fossé dont parlait mon collègue Victor Silvestrin-Racine la semaine dernière dans son article sur la paranoïa des administrateurs de McGill. Tout porte à croire que, lorsqu’un abîme se creuse entre le sommet de la pyramide hiérarchique de toute institution – qu’elle soit politique, religieuse, ou académique – et les fondations sur lesquelles elle repose, les individus occupant les postes de pouvoir ont presque toujours recours à des moyens extraordinaires pour tenter de conserver l’autorité dont ils sont investis. Dans ce contexte, tout acte de désobéissance civile est réprimé au degré auquel le permet le régime politique en place, garantissant ou non certaines libertés et droits de la personne. Quel que soit le régime, la perte d’autorité s’accompagne immanquablement du renforcement des forces policières, d’une augmentation des gardes du corps personnels des individus au pouvoir, ainsi que du bâillonnement ou de l’exclusion des membres dissidents de la communauté qui remettent en question l’ordre établi en ne faisant pas les choses « comme il faut ».

    Dans le contexte des événements du 10 novembre, inutile de rappeler que cette désobéissance civile se manifeste de plus en plus clairement au sein de la communauté étudiante de McGill, tout comme elle se manifeste également à travers tous les États où les politiques d’austérité dictées par une élite financière demandent gentiment au bas peuple de serrer les dents et de sortir leurs portefeuilles pour payer les dégâts prévisibles de leurs investissements imprudents. Cependant, cette mauvaise gestion de la situation de la part de l’administration et des gouvernements relève peut-être d’un problème inhérent au système éducatif lui-même plutôt que des déficits du budget provincial, ainsi que le suggère le cas du licenciement inexpliqué du professeur Norman Cornett en 2007.

    Après quinze ans de loyaux services à l’université McGill, ce dernier remit en effet en question les méthodes d’enseignement traditionnelles suite à la crise nerveuse d’un de ses étudiants de la faculté d’études religieuses. « Comment se fait-il que les étudiants sont soumis à un tel niveau de stress, depuis leur première jusqu’à leur dernière année dans l’enseignement supérieur ? », se demanda-t-il alors, comme aujourd’hui. « Comment peuvent-ils s’épanouir en tant que citoyens, et en tant qu’êtres humains, s’ils en viennent sincèrement à croire que leurs capacités intellectuelles sont définies en fonction du nombre de pages qu’ils parviennent à apprendre par cœur pour des examens formels, et s’ils en viennent à prendre la boulimie intellectuelle pour de l’enseignement véritable? » Ce sont ces questions qui l’ont poussé à développer une méthode d’apprentissage transgressant les limites non-écrites de l’académisme universitaire, en transformant la salle de cours en espace de dialogue dans lequel chacun est invité à discuter d’égal à égal avec des politiciens, des artistes, ainsi que des experts dans divers domaines, qui voient leurs opinions mises à l’épreuve par de simples étudiants de premier cycle. Pour le professeur Cornett, ne pas agir ainsi face à la détresse mentale de la plupart de ses étudiants, c’était se soustraire à une responsabilité morale et civique, exigeant que le système éducatif permette aux étudiants de développer une pensée autonome en stimulant sans cesse leur créativité. « Car la créativité », affirme-t-il, « c’est au fond ce qui nous distingue de toutes les autres espèces animales. »

    Or, comment l’administration de l’époque avait-elle réagi face à cette méthode d’éducation novatrice ? Pas une seule discussion, pas un seul préavis. Seule une lettre lui demandant de vider son bureau – une réaction qui a incité Alanis Obomsawin, la réalisatrice du documentaire « Depuis quand ressent-on l’obligation de répondre correctement au lieu de répondre honnêtement? », à établir une comparaison entre les méthodes de l’administration de McGill et celles de l’univers anti-utopique de Ray Bradbury, Farenheit 451. Comparaison à laquelle répondit d’ailleurs Anthony Masi le 13 juillet 2007 dans Le Devoir, en réponse à une lettre ouverte qui, le 15 juin, questionna publiquement la décision de McGill en exigeant une explication de la part de l’administration, qui conservait toujours le silence quant aux raisons de ce licenciement. Le vice-principal de l’époque assura les signataires de la lettre que le renvoi du professeur Cornett n’avait rien à voir avec les débats controversés sur les conflits au Moyen-Orient qu’il avait l’habitude d’organiser dans ses cours, et que cette décision administrative avait été effectuée « sans irrégularité ». McGill continuait à honorer la liberté d’expression. Toutefois, monsieur Masi offrait-il une quelconque explication aux 747 signataires de la pétition en ligne exigeant davantage de transparence de la part de l’administration de McGill ? Si les idées politiques du professeur Cornett ne constituaient pas la raison de son congédiement, alors qu’est-ce qui justifiait la décision de « le laisser partir », puis de lui offrir plusieurs fois d’acheter son silence à condition qu’il n’exige jamais de justification de la part de ses employeurs, qui ont, selon le vice-principal, « appliqué les règles et les procédures dans le plus grand respect des valeurs associées à la liberté académique » ? Sur ce point, l’administration de McGill continue à conserver le silence jusqu’à ce jour, et c’est à peine si elle n’a pas répondu : « Car tel est notre bon plaisir. »

    Quatre ans après ces événements, dans un contexte qui semble sans rapport avec le licenciement du professeur Cornett, l’enquête interne du professeur Jutras révèlera sans doute que McGill continue à honorer la liberté d’expression ; que ce soit dans leurs négociations avec les employés de MUNACA, dans leur façon de gérer l’accroissement de l’activisme étudiant et de répondre aux manifestations, ou encore dans leurs rapports avec les professeurs qui ne se conforment pas tout à fait à l’image qu’ils souhaiteraient voir McGill projeter, comme l’illustre le cas du professeur Cornett. Or, rendus là, nous pouvons nous demander : si l’administration de McGill considère que ni leurs employés, ni leurs étudiants, ni même leurs professeurs ne participent à l’élaboration collective de « l’image » que projette McGill ; alors dans ce cas, doit-on considérer que les décisions de l’administration représentent à elles seules la politique de l’université, tout comme le gouvernement Charest représente à lui seul le Québec, et Harper, le Canada tout entier ? Quels que soient le montant auquel les jeunes Québécois et Québécoises achèteront dorénavant le droit d’avoir un avenir, on ne peut plus nier désormais que les rapports d’autorité définissant les relations entre les citoyens et leur gouvernement, de même que les étudiants et leur université, sont en train de se redéfinir ; et qu’un refus d’accepter ces changements n’empêchera pas les étudiants de protester contre tout abus de pouvoir de la part du Saint-Siège situé au cinquième étage du bâtiment James, que quatorze étudiants eurent l’audace de souiller de leur présence le 10 novembre dernier.

  2. Un film fort qui m’a fait monter les larmes aux yeux. On est frappé à la fois par la sincérité et l’alignement personnel de M. Cornett et l’injustice profonde dont il est victime.

    Le film pose très clairement la question de l’éducation à laquelle nous voulons contribuer : s’agit-il de remplir des cerveaux de connaissances ou d’aider des individus à s’auto-déterminer dans l’environnement qui est le leur et les a déterminés depuis leur naissance ?

    La discussion qui s’en est ensuivi était riche mais trop courte ! Je suis reparti la tête pleine de questions et de de débats intérieurs… qui se poursuivront lors de mon retour en France, où nous nous essayons de changer les méthodes d’enseignement via notre association “les nouveaux étudiants” (http://nouveauxetudiants.fr/). Je pense acheter le film pour organiser une diffusion et espère pouvoir organiser un évènement sur l’éducation à mon retour à Montréal en février.

    En effet, en écoutant le professeur Cornett, je me dis qu’il serait bon d’organiser un réseau de professeurs, d’étudiants et d’écoles innovants et engagés qui puissent transmettre leur savoir et leurs méthodes. Nous avons beaucoup à apprendre de ce qui se fait à travers le monde (Amérique latine notamment) et il serait dommage de ne pas capitaliser sur ces expériences ! L’éducation me semble être au fondement de toute société et il semble que la situation de crise actuelle est propice pour la repenser en profondeur…

    Pour conclure, je vous propose de retrouver un ensemble de ressources sur le sujet de l’éducation sur notre pearltree (outil collaboratif de gestion de contenu internet) : http://see.sc/kGelAq Vous pouvez aussi nous aider à le construire… première étape vers un partage de savoirs horizontal !

    Merci donc et à bientôt…

  3. Anik Meunier says:

    La présentation du documentaire trace de grands moments d’une étape importante de la vie pédagogique et intellectuelle du professeur Norman Cornett et a permis d’engager une disucssion sous forme d’une véritable séance dialogique, approche vivement privilégiée par le pédagogue et chère au professeur. La discussion, dans un esprit humaniste, a permis à chacun de s’exprimer librement. Les échanges ont porté sur le rôle de l’éducation, ce qu’elle doit être et pourrait permettre au sein de nos sociétés.
    L’événement a fait écho à l’exposition “De l’idée à l’action : Histoire du syndicalisme enseignant” actuellement présentée à l’écomusée du fier monde et qui retrace l’ensemble des luttes et des combats menés au cours du temps afin de faire reconnaître à sa juste valeur la profession enseignante. Le propos abordé par le documentaire a agi un peu comme un complément au contenu abordé par l’exposition. Quant à elle, la discussion est demeurée ouverte sur plusieurs thèmes, dont la formation des enseignants qui semble un élément crucial auquel réfléchir.

  4. Normand Baillargeon says:

    Le film est à la fois profondément touchant et profondément troublant.

    Profondément touchant parce qu’on y voit un immense pédagogue pratiquer son art, socratique et freirien, qui cherche moins à apprendre des pensées qu’à apprendre à penser; profondément troublant, parce qu’on y découvre la réaction, jusqu’à plus ample informé insensée, d’une institution qu’on aurait voulu croire vouée à la vie de l’esprit et qui en ce cas précis cherche à tuer la vie de l’esprit.

    Ce film, comme l’affaire Noir Canada, laisse aussi un profond malaise : celui que l’on ressent en constatant que la communauté universitaire du Québec ne s’est pas massivement levée pour agir, dénoncer et idéalement corriger pareille atteinte non seulement à la liberté académique d’un professeur, mais contre l’institution universitaire elle-même.

  5. ”Le fascisme a toujours été une entreprise de désensibilisation”. E.Ajar
    Car c’est bien de cela qu’il s’agit, quand l’intégrité et la droiture n’y sont pas.
    Le silence même de l’Université McGill l’accuse de cacher de l’inavouable.
    Inquiétons-nous.

  6. Mathieu CD says:

    Formidable prendre le temps de connaître Professeur Cornett en personne! Je le vois bien former les futurs maîtres «consicents» qui ne se contenteront pas de leur formation offerte à l’universtié déséducative… À suivre!

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